Pourquoi ne pas croire en soi ?
- Frédéric Levert
- 28 janv.
- 2 min de lecture
« Je vous préviens, je ne suis pas à l’aise à l’oral » : phrase utile ou inutile ?
Cette phrase, souvent lancée en préambule, comme un avertissement, parfois comme une protection.
Et, à première vue, elle semble sincère.
Mais que produit-elle réellement ?
Dès qu’elle est prononcée, quelque chose se déplace. Le public n’écoute plus seulement le message. Il observe.
Les mains qui tremblent. La voix qui hésite. Le regard qui se pose moins longtemps.
Chaque micro-signe devient une confirmation. La phrase a créé un filtre.
Ce n’est pas que le public soit malveillant. C’est simplement qu’il est orienté.
En annonçant sa difficulté, l’orateur invite malgré lui l’auditoire à la vérifier.

Alors pourquoi cette phrase revient-elle si souvent ?
Parce qu’elle donne l’impression de sécuriser. Elle laisse croire que le public sera plus indulgent. Plus patient. Moins exigeant.
Et parfois, c’est vrai.
Mais à quel prix ?
Car pendant que le public observe la gêne annoncée, le message, lui, passe au second plan.
Or, le sujet n’est pas là.
Le plus important n’est pas l’aisance de l’orateur. C’est ce qu’il a à dire.
Cette phrase ne prépare pas l’écoute. Elle prépare le jugement — même bienveillant.
Elle ne libère pas la parole. Elle l’encadre étroitement.
Alors, est-elle inutile ?
Pas totalement.
Elle peut être utile si elle sert à nommer un état sans s’y enfermer. Inutile — voire contre-productive — si elle devient une excuse anticipée.
Car ce que le public attend, ce n’est pas un orateur à l’aise. C’est un message clair, incarné, assumé.
Et paradoxalement, en taisant cette phrase, l’orateur se donne plus de liberté.
Il laisse le public se concentrer sur l’essentiel. Le propos. L’intention. Le sens.
La confiance ne naît pas d’un aveu préalable. Elle naît d’une parole qui avance, malgré l’inconfort.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas :« Suis-je à l’aise ? »mais plutôt :« Mon message mérite-t-il d’être entendu ? »
Et à partir de là…le reste s’ajuste.






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