La vérité de l'instant présent
- Frédéric Levert
- 2 janv.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 janv.
Pippo Delbono dit ceci :
« La vérité au théâtre, c’est quand le comédien réussit à faire un geste, à dire un mot comme si c’était la première et la dernière fois qu’il le faisait dans la vie. Et toi, en tant que public, tu as la sensation de voir un geste qui est fait pour toi seul. »
Au théâtre, tout est répété. Les mots sont connus. Les gestes sont travaillés.
Et pourtant, la vérité surgit lorsque le comédien ne rejoue plus, mais vit.
Ce mécanisme existe partout ailleurs. Y compris dans le monde professionnel.
Prenons une situation simple : un manager annonce une décision difficile à son équipe. Le message a été préparé. Les phrases ont été pesées. Les éléments de langage sont prêts.
Deux options s’offrent alors à lui.
Soit il déroule. Il dit les mots justes, mais sans être réellement là. Le message est compris… sans être reçu.
Soit il accepte l’instant. Il regarde ses interlocuteurs. Il ressent la tension, l’inquiétude, parfois la déception. Il parle en tenant compte de ce qui se passe ici et maintenant.
Dans ce second cas, quelque chose change.
Les mots sont parfois les mêmes. Mais la parole, elle, est différente.
Les collaborateurs sentent que ce moment ne se répétera pas. Qu’il ne s’agit pas d’un discours standard, mais d’un échange vivant. D’un instant qui leur est destiné.
C’est cela, l’instant présent.

En communication, nous cherchons souvent à sécuriser : répéter ce qui a déjà fonctionné, reproduire des schémas, appliquer des méthodes.
Or, aucune parole ne peut être rejouée à l’identique. Parce qu’aucune situation humaine ne l’est.
Être pleinement présent, ce n’est pas improviser. C’est accepter de ne pas être en pilotage automatique. C’est parler avec ce qui est là, plutôt qu’avec ce qui était prévu.
Au théâtre, on appelle cela la vérité. Dans l’entreprise, on parle d’authenticité, de crédibilité, de confiance.
Dans les deux cas, il s’agit de la même chose :être là, maintenant, sans filet.
Et lorsque cela arrive, l’autre le perçoit immédiatement. Parce qu’il a alors le sentiment rare que cette parole n’existe que pour lui. Et qu’elle n’aura lieu qu’une fois.






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